Observatoire du cœur n°5 : Cœur et Stress

Le stress, un facteur
majeur de risque cardio-vasculaire


Bénéfique et utile sur une courte durée, le stress devient délétère lorsqu’il s’installe ou qu’il devient ingérable. Il a en effet une incidence biologique directe sur le coeur pouvant conduire au développement de maladies cardio-vasculaires.

Le stress sous toutes ses formes, parlons-en

Qu’est-ce que le stress ?

Le stress est une réaction normale de notre corps qui nous permet de faire face à une urgence, un danger, un changement. En situation de stress, l’hypothalamus, une glande située dans notre cerveau, va activer plusieurs hormones qui, une fois libérées, entraînent toute une série de réactions physiologiques : hypervigilance, accélération du rythme cardiaque, augmentation de la fréquence respiratoire, contractions musculaires, etc. Ces mécanismes sont utiles et adaptatifs. Déjà au temps de la préhistoire, ils permettaient aux hommes d’assurer leur survie en fuyant et en affrontant le danger.

Le mécanisme physiologique fondamental du stress s’organise principalement autour de 2 phases :

        1. la phase d’alarme durant laquelle l’organisme sécrète de l’adrénaline pour préparer le corps à répondre à la situation à laquelle l’individu fait face. Ainsi, la force musculaire, les sens et les réflexes sont décuplés et nous permettent d’agir plus rapidement ;

         2. la phase de résistance : après quelques minutes, l’organisme résiste et compense les dépenses énergétiques occasionnées pour faire face à cette situation, en libérant d’autres hormones (cortisol, dopamine, endorphines, sérotonine, etc.). L’agression terminée et le stress disparu, l’organisme retrouve son métabolisme habituel.

Le stress peut donc être moteur car il permet de réagir de manière appropriée face à une situation en stimulant nos performances et en améliorant nos capacités.

Mais nous ne réagissons pas tous de la même façon face au stress. Il se manifeste différemment en fonction des personnalités, du contexte, de l’histoire personnelle, etc. Une même situation peut donc paraître stressante à certains et aucunement à d’autres.

Lorsqu’il s’installe sur la durée ou que l’individu ne parvient pas à le gérer, le stress peut devenir dangereux pour notre santé mentale. L’organisme entre alors dans la troisième phase du mécanisme physiologique : celle de l’épuisement. Durant cette phase, l’organisme sécrète en continu les hormones du stress et puise dans les réserves énergétiques. Les organes et les systèmes immunitaire, respiratoire, circulatoire et cardiaque s’affaiblissent. Cela se traduit par des émotions déplaisantes telles que la colère, l’anxiété ou le découragement, en raison d’une production excessive d’adrénaline. Un taux trop élevé de cortisol, entraîne quant à lui, le sentiment d’être sans courage, triste, en grande insécurité. À terme, le stress continu peut mener à un syndrome d’épuisement appelé aussi burn-out, voire à une dépression.

Stress aigu et stress chronique

L’origine du stress, sa fréquence et son intensité peuvent générer deux types de stress.

Le stress aigu se caractérise par une émotion intense et brutale, causée par un événement particulièrement menaçant et soudain (une situation dangereuse, un accident, une catastrophe naturelle, etc.), ou encore par une situation inhabituelle ou déstabilisante vécue de manière très forte (une dispute familiale, une remarque brutale au travail, le décès d’un proche, etc.).

Il a un effet direct sur le fonctionnement du coeur : il provoque une augmentation des besoins de sang au niveau du coeur et parallèlement, une diminution des apports et un risque de formation de caillots. Ces incidences engendrent un défaut de perfusion cardiaque, qui peut conduire à l’infarctus du myocarde et par conséquence, à l’arrêt cardiaque.
La survenue brutale d’accès de colère est le facteur déclenchant le plus nocif du stress aigu. Elle peut, chez les personnes fragilisées, multiplier par 10 le risque d’infarctus1.

Quels en sont les symptômes ? Le plus souvent des crampes, des tremblements, des essoufflements, des sueurs, des palpitations, des angoisses ou bien des sensations de panique.



Le stress chronique est le résultat d’une exposition répétée et dans la durée à des sources et des facteurs de stress. Il est associé à la phase d’épuisement, décrite précédemment.

Ce stress se manifeste tout particulièrement chez des personnes conjuguant plusieurs traits de caractère, tels que : la combativité, la compétitivité, la polarisation par le travail, les activités multiples, l’urgence du temps, la quête de reconnaissance, l’impatience, l’exigence pour soi-même et pour les autres etc.

Le travail est un vecteur important de stress chronique. Les facteurs à l’origine sont de différentes natures : un manque de considération, des objectifs mal définis, l’indifférence de la hiérarchie, une absence de reconnaissance, un défaut de communication, une situation de harcèlement, etc.

Le stress chronique peut aussi être engendré par d’autres situations comme la précarité sociale, la violence conjugale, les conflits familiaux, etc.

Le stress n’épargne pas les femmes, bien au contraire. Sur le plan physiologique, leurs artères coronaires sont de petits calibres, ce qui les rend plus vulnérables aux spasmes déclenchés par le stress. On relève 40 % de risque supplémentaire face aux maladies cardio-vasculaires pour celles qui déclarent éprouver un stress au travail. Ce risque augmente jusqu’à 88 % pour celles qui font face à l’insécurité de l’emploi ou aux exigences de résultats.2

Outre les incidences sur la santé psychique (difficulté à contrôler l’humeur et les émotions, anxiété, agressivité, réactions de peur, de perte de confiance en soi…) et l’apprentissage (difficulté de concentration, prise de décision et d’initiative affectée…), ce stress peut également affecter la santé physique et avoir notamment une influence néfaste sur les facteurs de risque cardio-vasculaire :

  • il peut favoriser voire aggraver l’hypertension artérielle ; il provoque des modifications lipidiques qui augmentent le mauvais cholestérol et diminuent le bon ;
  • il favorise la prise de poids en particulier chez les personnes en situation de surpoids ;il entraîne un manque d’énergie et accentue la sédentarité de certaines personnes, celle-ci aggravant à son tour les effets du stress ; il incite à fumer davantage.

Le stress chronique se traduit par divers symptômes : troubles de la vigilance, fatigue, endormissement diurne, insomnies nocturnes, irritabilité, manque d’énergie et de moral, douleurs à la poitrine, à l’estomac et au ventre, trouble de l’appétit et de la digestion, éruptions cutanées, etc.

Incidence du stress sur les maladies cardio-vasculaires

La corrélation entre le stress et les maladies cardio-vasculaires est aujourd’hui démontrée. À l’inverse, une personne victime d’un infarctus a davantage de risque d’être anxieuse ou dépressive, et cela accroît le taux de récidive. Un cercle vicieux !

Par ailleurs, le stress a une influence néfaste sur les autres facteurs de risque cardiovasculaire tels que le tabac, l’alimentation, l’activité physique, etc. Le stress est subjectif, il est donc difficile à quantifier et peut être dû à des facteurs extérieurs indépendants de notre volonté (facteur économique par exemple).

A contrario, il est possible d’agir de manière plus concrète sur les autres facteurs de risque cardio-vasculaire (arrêter de fumer, pratiquer une activité physique régulière, avoir une alimentation équilibrée, etc.) qui pourront de plus réguler notre stress, un cercle vertueux !

L’incidence biologique du stress sur le coeur été démontrée par une étude, parue en janvier 2017 dans The Lancet et réalisée par des chercheurs de l’université d’Harvard et du Massachusetts General Hospital. Elle met en évidence l’implication de l’amygdale dans la survenue d’évènements cardiaques3. L’amygdale est la zone du cerveau qui gère les émotions. En cas de stress trop élevé, une forte activité de l’amygdale stimule la moelle osseuse qui provoque une augmentation des globules blancs et qui, elle-même, mène à l’inflammation artérielle.
Celle-ci peut se révéler fatale si les artères sont déjà en partie bouchées (l’athérosclérose) : quand les artères déjà abimées doivent faire face à une inflammation, cela peut provoquer des lésions et libérer des caillots dans le sang qui à leur tour vont entraîner une crise cardiaque.

Les Français face aux dangers du stress : conscients mais inactifs…4

Le stress est aujourd’hui un état faisant de plus en plus partie intégrante de la vie personnelle et professionnelle. Selon une enquête OpinionWay, près de 9 Français sur 10 se déclarent stressés.

Les principales victimes du stress sont les femmes : 60 % se déclarent stressées contre 38 % des hommes. Près de 4 Français sur 10 ont vu leur stress augmenter sur les 3 dernières années. Sur cette même période, 78 % des grands stressés ont vu leur stress croître.

La vie professionnelle, les problèmes financiers et la vie personnelle sont considérés comme les 3 premières causes de stress (36 %, 35 % et 33 %).

8 Français sur 10 ont pleinement conscience que le stress peut avoir des conséquences sur leur état de santé. Les problèmes cardiovasculaires, dont l’infarctus, (51 %) sont cités parmi les 3 principales conséquences à long terme, derrière les problèmes de sommeil (70 %) et les pathologies psychologiques – dépression, burn-out (57 %).

Même si les Français sont conscients des actions pour lutter contre le stress, il reste néanmoins beaucoup à faire ! Ainsi, le sport (55 %) et la relaxation (45 %) sont cités comme les 2 meilleurs mesures préventives contre le stress. Pourtant, dans la pratique, près d’1/3 des Français déclarent ne rien mettre en oeuvre pour lutter contre.

 

 

1. Jean-Pierre Houppe, Effet du stress psychosocial en cardiologie ; Volume 42, Issue 6, Part 1, June 2013
2. Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Rapport n°2017-05-29-SAN-O27 publié le 29 mai 2017
3. Relation between resting amygdalar activity and cardiovascular events: a longitudinal and cohort study,2017 ; The Lancet
4. Les Français et le stress, OpinionWay pour La Fondation Ramsay Générale de Santé, novembre 2017 – Échantillon de 1 017 personnes représentatif de la population
française âgée de 18 ans et plus

 

LE DOSSIER COMPLET : 
Edito
1- Le stress, un facteur majeur de risque cardio-vasculaire
2- Parole d’experts
3- Le stress n’est pas une fatalité : les 10 règles d’or pour mieux le gérer
4- Évaluez votre niveau de stress
5- Ne pas confondre

Observatoire du cœur des Français : Cœur et stress

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