Les traitements des maladies cardio-vasculaires

Cœur CARMAT

Ce cœur artificiel inventé par le Professeur Alain Carpentier* pourrait devenir la solution du futur pour les patients en insuffisance cardiaque terminale, en retardant –voire remplaçant- la transplantation.

Le cœur CARMAT est un cœur artificiel « total » (qui remplace l’ensemble du cœur) destiné aux personnes présentant une insuffisance cardiaque bi-ventriculaire terminale. Cette prothèse de pointe -la plus avancée sur le plan technologique- encore en cours de développement présente d’indéniables atouts pour le malade dont elle améliore la qualité de vie : elle est non bruyante mais aussi et surtout pulsatile et autorégulée, donc capable d’augmenter son débit pour l’adapter aux efforts et à la vie quotidienne, et elle dispose en outre d’une bonne autonomie (5 heures). De plus, son interface, une membrane biocompatible (on parle de cœur « bioprothétique ») évite la prise de médicaments anti-rejets, et réduit le risque de complications hémorragiques, ce qui permettrait peut-être de diminuer voire de s’affranchir sur le long terme d’anticoagulants. Enfin, cette machine est relativement simple à implanter chirurgicalement.

Pallier au manque de greffons

La pénurie de greffons (actuellement on compte deux fois moins de greffons que de malades nécessitant une transplantation) a ouvert la voie aux cœurs artificiels, le plus souvent pour permettre d’attendre un cœur disponible. Certains existent déjà : c’est le cas de l’assistance mono-ventriculaire gauche type Heartmate (laboratoire Abbott) ou HeartWare (Medtronic), le plus implanté (20 000 personnes dans le monde) sur de longues durées, robuste mais qui comme son nom l’indique ne remplace que le ventricule gauche, ou du SynCardia, cœur artificiel « total » (bi-ventriculaire) mais forcément transitoire car très bruyant, avec peu d’autonomie (45 min), et présentant des risques accrus d’hémorragie et de thrombose.

Autant dire que beaucoup d’espoirs reposent sur le cœur CARMAT, dont les créateurs espèrent, à terme, qu’il puisse être implanté définitivement et soit un cœur de remplacement pérenne. Une première étude de faisabilité, baptisée PIVOT et lancée en 2016, a donné lieu en janvier 2019 à une annonce de bons résultats, avec chez 70% des patients (10 ont été implantés depuis août 2016) une survie à six mois (avec la prothèse ou une transplantation réussie dans les six mois suivant son implantation). D’autres études sont en cours.

La prothèse du futur ?

Si les résultats sont très positifs, l’implantation à grande échelle n’est pas encore d’actualité. Sur un plan technique, d’une part : le câble d’alimentation externe du CARMAT sort du ventre, ce qui exige un pansement abdominal, augmente le risque infectieux et empêche les bains. D’autre part, la machine consomme beaucoup d’énergie. Enfin, cette prothèse n’est pas encore suffisamment miniaturisée pour certains thorax et ne peut être implantée qu’à une femme sur quatre : son format, pour l’instant, la rend quasiment exclusivement réservée aux hommes. De plus, des questions et réflexions éthiques ne manqueront pas d’être soulevées avant toute commercialisation de la prothèse. Si, dans le futur, on peut espérer que l’efficacité de cet appareil permette de sauver la vie de nombreux insuffisants cardiaques, pour l’instant, la greffe garde donc encore toutes ses indications. 

 

Merci à Docteur Céline Goeminne-Boulé, cardiologue responsable du suivi des transplantés cardiaques et des patients sous assistance cardiaque, au CHU de Lille.

* Le Professeur Alain Carpentier est chirurgien cardiaque spécialisé dans la transplantation. C’est la société CARMAT (« Car » pour Carpentier et « Mat » pour la société Matra) qui développe son brevet (déposé en 1988 avec l’Université Pierre et Marie Curie) sur cette prothèse biocompatible. Plus d’infos sur www.carmatsa.com