Observatoire du cœur n°6 : Cœur des seniors

Avis d'experts

Vivre vieux, oui mais en bonne santé !

Comment définit-on un senior, une personne âgée ?

Les gériatres n’ont pas cherché à redéfinir la personne âgée, encore moins le terme de senior qu’ils utilisent peu. On considère qu’une personne est âgée à partir de 60-65 ans. Bien que la très grande majorité des personnes restent très valides jusque vers 75-80 ans, c’est autour de cette tranche d’âge qu’apparaissent les premiers signes avérés du vieillissement. Ils se caractérisent par une diminution progressive des performances maximales, et plus encore par une plus grande difficulté d’anticipation et d’adaptation au stress, qui définit la fragilité. Ces signes de vieillissement viennent s’ajouter aux effets propres des maladies, qui eux-mêmes évoluent avec l’avancée en âge. Le mode de vie a également une incidence directe sur le vieillissement. Ainsi un individu sédentaire et qui fume va vieillir plus vite. Les facteurs génétiques jouent aussi bien sûr un rôle important.

Vieillit-on bien en France aujourd’hui ?

L’espérance de vie en France est très élevée, les femmes détiennent d’ailleurs le record de longévité en Europe avec une espérance de vie à la naissance de 84,5 ans  en moyenne. Pour autant, longévité n’est pas toujours synonyme de bonne santé. Dans les pays de l’Europe du Nord par exemple, l’espérance de vie à la naissance est inférieure à la France mais on y vit plus longtemps en bonne santé, sans incapacité. Nous avons clairement une marge d’amélioration de ce côté-là en France.

Comment expliquez-vous cette situation ?

L’une des raisons est l’effort de prévention insuffisant en France porté à la fois par les pouvoirs publics mais aussi les professionnels de santé. Cette insuffisance favorise le développement de pathologies, pourtant évitables, qui à long terme peuvent conduire à des incapacités et à la dépendance. La prévention vaut à tout âge, mais elle est tout particulièrement importante chez le senior car il est plus fragile et donc plus à risque.

 

Dans les pays de l’Europe du Nord par exemple, l’espérance de vie à la naissance est inférieure à la France mais on y vit plus longtemps en bonne santé, sans incapacité. Nous avons clairement une marge d’amélioration de ce côté-là en France. Pr François Puisieux, chef du pôle gérontologie du CHU de Lille

Non, les maladies cardio-vasculaires ne sont pas toujours une fatalité !

Quel est l’intérêt d’un dépistage cardio-vasculaire pour les seniors ?

Les seniors sont les personnes les plus à risque de développer une maladie cardio-vasculaire. Un dépistage dès 50 ans permet au médecin de repérer les différents facteurs de risque
(tabagisme, cholestérol, diabète et hypertension associés très souvent à une sédentarité et un excès pondéral), et de proposer par la suite un traitement adapté à son patient. Le dépistage peut s’effectuer chez son cardiologue après consultation auprès du médecin traitant.

Pour quelles raisons conseillez-vous un dépistage dès 50 ans ?

Pour les femmes, cela correspond à l’âge moyen de la ménopause et nous savons qu’avec le changement hormonal, les risques d’accidents cardiovasculaires sont augmentés. Quant aux hommes, les victimes d’infarctus sont de plus en plus jeunes, c’est-à-dire aux alentours de 60 ans. Avec un dépistage systématique dès 50 ans, les patients ont de meilleures chances de bénéficier d’un diagnostic précoce des maladies cardio-vasculaires ; ils pourront par conséquent être traités plus tôt et avoir un meilleur pronostic.

Quels conseils donnez-vous à vos patients seniors pour bien vieillir ?

Pour vieillir en bonne santé, il faut pratiquer tous les jours une activité physique, manger sainement en limitant le sel et les boissons alcoolisées, se faire aider au sevrage tabagique si on est fumeur actif et consulter. La fréquence de consultation va dépendre de la situation de chaque patient. Un patient qui présente un facteur de risque comme l’hypertension artérielle devra consulter afin d’être pris en charge avec un suivi régulier. Une personne à très haut risque devra être suivie au moins deux fois par an selon les dernières recommandations. C’est ainsi qu’un patient ayant fait un infarctus du myocarde sera suivi par son médecin traitant et son cardiologue une à deux fois par an en fonction des symptômes et du terrain.

Quelle est la place de la réadaptation cardiaque après un accident cardiovasculaire ?

Tout d’abord, il est important de rappeler que les premières personnes concernées par la réadaptation cardiaque sont les seniors. C’est à leur âge que surviennent le plus souvent les accidents cardio-vasculaires. La réadaptation cardiaque fait partie intégrante du traitement après un accident coronarien, par exemple, et doit être poursuivie par une activité physique adaptée idéalement au niveau des Clubs Coeur et Santé de la Fédération Française de Cardiologie. Il s’agit de réintégrer le patient dans son environnement d’origine, de lui redonner une autonomie et une confiance en soi, mais aussi d’améliorer son profil psychologique, car les patients sont souvent déprimés après un accident cardio-vasculaire. On leur suggère aussi d’optimiser de façon durable leur mode de vie en modifiant leurs habitudes alimentaires, en perdant du poids, en arrêtant le tabac, en reprenant une activité physique, etc. Cela passe aussi par l’évaluation de leur profil à l’effort avec par la suite, la mise en place d’une éducation thérapeutique adaptée. Mais aujourd’hui, seulement 15 à 20% des personnes victimes d’un accident cardio-vasculaire suivent une réadaptation cardiaque ; ne pas suivre cette réadaptation, c’est augmenter les risques de récidive. Les femmes sont encore plus pénalisées. Seule une minorité se voit proposer une rééducation après un accident cardio-vasculaire.

Pour quelles raisons si peu de patients suivent cette réadaptation cardiaque ?

Ces personnes ont généralement bénéficié d’une angioplastie2. C’est une opération qui nécessite une courte hospitalisation et qui est souvent pratiquée chez des patients entre 45 et 65 ans. Ces personnes généralement actives ont des obligations familiales ou souhaitent reprendre une activité professionnelle rapidement sans suivre une réadaptation cardiaque. Par ailleurs, les rendez-vous sont difficiles à obtenir en raison d’un nombre limité de centres.

 

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Sources

1. Les Clubs Coeur et Santé, mis en place par la Fédération Française de Cardiologie il y a plus de 40 ans, ont pour vocation première d’accompagner les cardiaques lors de
leur phase de réadaptation. L’objectif est d’assurer la continuité du parcours de soins.
2. Cela consiste à ouvrir le vaisseau atteint après introduction d’un ballonnet suivie de la mise en place d’un stent (ressort).

La santé des seniors est un enjeu de santé publique. De nombreux acteurs du sport s’engagent aujourd’hui pour le bien vieillir. C’est le cas de la Fédération Française d’Athlétisme qui, en partenariat avec la FFC, propose des activités physiques adaptées aux besoins et aux attentes des seniors.

Le sport au service du bien vieillir

Que propose la Fédération Française d’Athlétisme aux seniors ?

Depuis 2006, nous proposons l’Athlé Forme et Santé, une offre de pratiques destinée aux personnes qui recherchent le plaisir, le bien-être et l’amélioration de leur santé à travers le sport et qui correspond tout à fait aux désirs des seniors. Cela comprend la marche nordique, la remise en forme, la condition physique et l’accompagnement au running. Nous avons également à notre disposition des outils comme le Diagnoform® qui a été créé par l’IRFO (l’Institut des Rencontres de la Forme). Il permet de faire une évaluation de la forme d’un individu sur différents plans : physique, alimentaire et bien-être. Après analyse des résultats, les entraîneurs de la FFA sont en mesure de proposer des activités adaptées aux besoins et
aux objectifs de chacun.

Y a-t-il une activité que vous préconisez en particulier aux seniors ?

La marche est tout à fait appropriée aux personnes qui souhaitent faire une activité physique modérée. Nous préconisons la marche nordique ; il s’agit d’une marche rapide qui se pratique avec des bâtons dans un environnement naturel. Nous proposons également des séances spécifiques de marche nordique entrecoupées d’exercices de renforcement musculaire. Cela permet de travailler à la fois l’endurance cardiaque, l’entretien musculaire, l’équilibre et la coordination pour éviter les chutes. Nous essayons en fait de renouveler nos activités en permanence afin que les adhérents ne se lassent pas. L’objectif étant qu’ils continuent de pratiquer tout en s’amusant. Car faire du sport c’est bien, mais il faut impérativement que cela s’inscrive dans la durée. Pour compléter notre offre, nous réfléchissons actuellement à une nouvelle pratique santé en milieu urbain.

Que diriez-vous à un senior qui souhaite commencer ou reprendre une activité physique ?

Je lui dirais qu’il n’est jamais trop tard pour le faire ! À tout âge, les bénéfices du sport pour la santé sont énormes. On sait par exemple que l’activité physique permet de diminuer de 20 à 30 % la morbidité cardio-vasculaire. La personne intéressée peut se rendre dans un de nos clubs. Elle y sera évaluée par des personnes compétentes qui, en fonction de ses capacités et ce dont elle a envie, lui proposeront une activité physique adaptée. Elle profitera également des conseils des entraîneurs qui l’évalueront et lui permettront de progresser au fil du temps. Et la pratique sportive au sein d’un club, c’est aussi un moyen d’éviter l’isolement, de passer un bon moment tout en étant entouré.


Le partenariat signé en 2018 entre la FFA et la FFC vise à inciter le grand public à faire du sport pour rester en bonne santé et prendre soin de son coeur. Plusieurs actions communes sont prévues : le soutien de la FFA aux Parcours du Coeur de la FFC, une campagne de communication nationale et la mise en place d’une formation continue, réalisée par un médecin, à l’adresse des Coachs Athlé Santé de la FFA, sur la thématique de l’activité physique en faveur des personnes atteintes d’une pathologie cardio-vasculaire.

Quelle place donner aux seniors dans notre société ?

Qu’est-ce qu’un senior aujourd’hui ?

Le senior n’existe pas, car il ne s’agit pas d’un groupe aux caractéristiques clairement définies. Nous sommes au contraire face à une très grande diversité de profils avec des lignes de clivage fortes qui sont principalement l’âge, la situation sociale (actif/retraité), le milieu social, le mode de vie, le sexe et le fait de vivre seul ou entouré. Les problématiques qui touchent les seniors sont donc extrêmement diverses. Selon la vie qu’ils ont menée auparavant, leur âge, leur milieu social…, les seniors n’ont pas les mêmes attentes et ne se posent pas les mêmes questions.

Quelle sont les évolutions significatives de cette population au cours des 40 dernières années ?

Je relève deux évolutions majeures. En premier lieu, l’âge du départ à la retraite. Les années 70-80 ont été marquées par le recours fréquent à la pré-retraite, on pouvait quitter le monde du travail avant 60 ans. Aujourd’hui le contexte économique est différent, les politiques publiques visent à maintenir les personnes le plus longtemps possible en activité professionnelle. De ce fait, la seniorité est davantage marquée par un « vieillissement actif » des individus, qui restent plus longtemps dans le milieu professionnel que les générations précédentes. Le rapport à la retraite a également évolué. Dans les années 50-60, elle était synonyme d’ennui, bon nombre de personnes ne savaient pas quoi faire de leur retraite. Dans les années 70-80, elle est devenue un temps de loisirs construit socialement par la publicité et les médias. De nos jours, c’est une période où l’on doit être encore actif, via l’emploi ou une activité bénévole.

Le nombre de seniors ne cesse d’augmenter. Que cela signifie-t-il pour notre société ?

La conquête du grand âge est un des enjeux majeurs des années à venir. Selon l’INSEE, un tiers des Français seront âgés de plus de 60 ans en 2050. Et la population des octogénaires et des nonagénaires, qui progresse fortement, explosera dans les prochaines années. En 1950, les 85 ans et plus correspondaient à 0,5 % de la population ; ils représentent aujourd’hui 3 % et passeront à 7,5 % en 2050. Jamais une société n’a vécu avec des personnes d’un âge aussi avancé et de manière aussi nombreuse. La génération des 80-90 ans commence d’ailleurs à réfléchir à ce que cela veut dire de vivre aussi âgé, au sens à donner à l’allongement de la vie.

Quelle place donner aux seniors dans notre société ?

Elle invente aussi de nouvelles manières de vivre le grand âge, comme par exemple les habitats autogérés, des lieux de vie à mi-chemin entre le domicile individuel et l’EHPAD leur permettant de conserver leur autonomie. Notre société va devoir apprendre à vivre avec ces personnes âgées mais aussi changer de regard sur elles, regard critique vers une population souvent considérée comme obsolète par ce que d’un « autre temps ». Il est pourtant indispensable pour notre société de donner du sens à cette âge de la vie que beaucoup vont connaître et de lutter contre ce sentiment de dépréciation à l’encontre des personnes âgées.

Quelle est l’importance du lien social pour les personnes âgées ?

Le lien social est fondamental à tous les âges de la vie et il peut prendre diverses formes : lien associatif, amical ou familial. Ce dernier est le plus important et très fort pour une partie des seniors. Pourtant une partie de cette population a peu, voire très peu de relations sociales, et vit dans un grand isolement ; elle représente 6 % des 60 ans et plus.1 Une étude menée par le CSA et les Petits-Frères des pauvres nous apprend ainsi qu’à partir de 85 ans, on constate une rupture significative des cercles de sociabilité qui se traduit par des contacts moins fréquents avec les petits-enfants, la famille éloignée, le cercle associatif et le voisinage. 

 

1. Étude CSA de 2017 des petits frères des Pauvres Solitude et isolement

Observatoire du cœur des Français : Cœur des seniors

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AU SOMMAIRE DE CE DOSSIER : 
1- Protéger le coeur des seniors, une priorité pour tous
2- Que savent les seniors de leur coeur et comment le protègent-ils ?
3- Avis d’experts
4- Les conseils pratiques de la Fédération Française de Cardiologie