Observatoire du coeur n°3 : Priorité à la recherche

Inclure les femmes
dans la recherche

Inclure les femmes dans la recherche sur les maladies cardio-vasculaires
un engagement fort de la FFC,
pionnière en la matière

Pour illustrer ses actions de soutien à la recherche sur le coeur et les artères des femmes, la Fédération Française de Cardiologie donne ici la parole à trois experts reconnus qu’elle soutient dans leurs projets respectifs.

Pour en finir avec la médecine bikini

Que pensez-vous du rôle de la FFC dans la recherche sur les femmes en cardiologie ?

En France, nous sommes en retard sur la question. Même en recherche fondamentale, l’ANR ou l’Inserm ne prennent pas suffisamment en compte cette problématique. Mais la FFC joue heureusement un rôle majeur. Claire Mounier-Vehier, sa présidente, est très impliquée sur la question de la place des femmes dans la recherche en cardiologie.

Pourquoi y-a-t-il une sous-représentation des femmes dans la recherche sur les médicaments et dans les études cliniques ?

C’est un phénomène qui a cours partout dans le monde, même s’il est vrai qu’aujourd’hui la France a 10 ou 15 ans de retard sur les autres pays. Il faut savoir que les hommes bénéficient de 50 ans d’essais cliniques et non les femmes, car pour éviter tout risque pour elles et leurs futurs enfants, celles en âge de procréer ont toujours été systématiquement écartées. S’il est bien sûr hors de question de faire participer à un essai clinique une femme enceinte, il faut en revanche que celles qui n’ont plus de projet d’enfant participent.

Pourquoi faut-il inclure plus de femmes dans les essais cliniques ?

Pendant longtemps, concernant les femmes nous sommes restés dans ce que j’appelle de la médecine bikini. C’est-à-dire qu’on s’est intéressé principalement à tout ce qui touche à la reproduction :
utérus, vagin, ovaires, et seins. Or, il existe des spécificités biologiques chez la femme en dehors des organes reproducteurs. On occulte totalement les différences biologiques alors même que dès la conception l’embryon est mâle ou femelle. Il n’y a pas qu’une différence
hormonale entre les hommes et les femmes, il y a aussi une différence génétique et chromosomique. On ne peut pas considérer que le corps féminin est, en dehors de ses capacités reproductives, un modèle réduit du corps masculin. Il est faux de penser que si les médicaments ont un effet sur les hommes et pas sur les femmes c’est parce que les femmes sont simplement de moindre taille. Il n’y a pas que ça. C’est très réducteur.

Qu’en est-il de la recherche sur les maladies cardio-vasculaires chez la femme ?

Les maladies cardio-vasculaires ne sont pas exemptes de cette sous-représentation féminine. Les femmes, le plus souvent, n’ont pas les mêmes signes cliniques que les hommes. Elles n’ont pas les mêmes mécanismes qu’eux. Donc elles ne doivent pas être traitées comme les hommes. Or aujourd’hui, on voit les courbes de mortalité qui augmentent chez les femmes. Ceci est dû aux effets du tabagisme, mais c’est également dû à cette méconnaissance des spécificités des femmes. Face à ces pathologies, il faut lutter contre l’idée fausse que les hommes sont les premiers à être touchés par les maladies cardio-vasculaires.

Pourquoi est-il si important de soutenir la recherche sur les femmes ?

Aujourd’hui, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes. Elles ont pourtant, à tort, davantage, peur du cancer du sein ! Booster la recherche sur les femmes permettra d’améliorer les connaissances sur les spécificités de leur physiopathologie et donc de mieux les soigner.


Savoir anticiper le risque d’accident cardiaque chez la femme : une première mondiale financée par la Fédération Française de Cardiologie


Dans quel cadre s’inscrit votre projet ?

Nous allons mettre en place une étude sur les maladies cardiovasculaires à partir des résultats enrichis de la cohorte E3N. C’est une étude de grande ampleur dédiée à la santé des femmes. Depuis plus de 25 ans, 100 000 femmes, nées entre 1925 et 1950, sont suivies, grâce à des questionnaires détaillés, administrés tous les 2 ou 3 ans. Ces données sont complétées par des informations transmises par la MGEN, première mutuelle de la fonction publique. Et depuis 2004, toutes les données sur les médicaments remboursés sont également exploitées. Toutes ces informations nous permettent de disposer d’éléments sur les facteurs d’exposition de ces femmes, leur histoire hormonale et reproductive, leur alimentation ainsi que leur comorbidité.

Quels sont les avantages de cette étude ?

Les femmes considérées dans cette étude sont donc adhérentes à la MGEN et sont pour la plupart enseignantes ou conjointes d’enseignants. Ceci nous permet de travailler sur des réponses de bonnes qualités et de disposer du suivi de la MGEN. L’échantillon comporte une certaine variabilité de niveaux sociaux, même si certains niveaux – notamment les plus faibles – sont peu représentés comme dans la plupart des études volontaires.

Quels sont les objectifs de l’étude financée par la FFC sur les maladies cardio-vasculaires ?

Nous démarrons tout juste avec pour objectif d’établir des scores de risque coronarien. Ils existent aujourd’hui pour les hommes mais pas pour les femmes. Plus précisément, ces scores permettront d’évaluer les risques pour une femme de faire un infarctus et celui d’en mourir. Le projet va se faire en étroite collaboration avec une équipe experte en création et analyse de scores de risques (CHRU de Lille). Quand nous aurons étudié suffisamment de facteurs de risque pertinents, sera alors établi un nouveau score spécifique sur la femme française. Ce score pourra être validé ensuite à l’échelle européenne. Aucune autre étude n’a été menée à ce jour sur une cohorte 100 % féminine, c’est une première mondiale.



Quel est l’intérêt d’établir des scores féminins pour les maladies cardio-vasculaires ?

L’enjeu d’établir ces scores est particulièrement important aujourd’hui. Les femmes ont de plus en plus adopté des comportements  masculins, avec des modes de vie plus stressants. On sait que le tabagisme féminin a considérablement augmenté au cours du temps. Sur le plan hormonal, la situation n’est pas en train de s’améliorer : une exposition à la pilule plus précoce, avec des pilules de différentes générations. Quasiment 100% de la population est exposée aux hormones exogènes pendant la vie reproductive, ce qui n’était pas le cas des générations précédentes. Par ailleurs, plusieurs changements de société impactent les facteurs de risque : grossesses tardives, prise de poids, alimentation industrialisée contenant des conservateurs, consommation de boissons alcoolisées. Tous ces éléments ne vont pas dans le bon sens en termes de maladies cardio-vasculaires.

Les éléments de la cohorte vont nous permettre de concevoir un modèle pour mettre en regard la survenue d’accidents au cours du suivi, en fonction de l’âge, et des facteurs de risque que l’on connaît. Dans un premier temps, nous allons nous intéresser aux facteurs hormonaux, ainsi qu’au tabagisme. Après 3-4 ans de travaux sur les facteurs de risque majeurs, nous établirons plusieurs scores, intégrant plus ou moins de facteurs. Il est également prévu de travailler sur les AVC. Nous espérons qu’au terme de ce programme, nous pourrons définir un score cardio-vasculaire plus complet incluant évènements coronariens et AVC. Établir ces scores est très important pour les professionnels de santé pour déterminer le risque individuel d’une personne et donc pouvoir proposer un traitement préventif ou thérapeutique. Grace à ce score il sera possible de déterminer le rythme de suivi et de prévention et ainsi optimiser les ressources. Il ne faut pas trop surveiller des gens à risque faible et modéré et ce pour des raisons à la fois sanitaires et économiques.

Comment sera établi ce score de risque coronarien ?

Des questions spécifiques seront posées pour valider les évènements rapportés. Il sera demandé à ces femmes leurs traitements, les documents en leur possession : compte-rendu éventuel d’hospitalisation, de coroscanner, s’il y a eu un geste de revascularisation (angioplastie, pose de stent ou pontage) et les coordonnées de leur cardiologue et de leur médecin traitant. Nous les interrogerons aussi sur les nouveaux comportements comme la prise de compléments alimentaires ou de calcium contre l’ostéoporose.

Quel va être l’impact de ce score sur la prévention des maladies cardio-vasculaires ?

Les résultats de l’étude vont nous permettre de mettre en place une prévention basée sur des arguments suffisamment solides pour être convaincants. Tout le monde s’accorde à dire que certains comportements augmentent les facteurs de risque. La culpabilisation ne fonctionne pas. Il faut proposer à la population des modes de vie plus sains pour vivre plus longtemps en bonne santé.

Comment va être financée cette étude ambitieuse ?

Ce projet, programmé sur 4 ans, est financé à 100 % par la FFC. Le budget conséquent couvre les ressources dédiées, à prix coûtant. Ensuite, on peut imaginer que ce projet pourrait continuer à se développer, en fonction des résultats. Nous recrutons également une cohorte familiale, avec 20 000 conjoints de ces femmes, 40 000 de leurs enfants et environ 20 000 de leurs petits-enfants. Nous pourrons ainsi étudier la passation d’une génération à l’autre des facteurs de risques cardio-vasculaires, les facteurs génétiques et épigénétiques, les facteurs de risques d’exposition partagée, ce qui va être une entreprise à très long terme. 

Établir ces scores est très important pour les professionnels de santé pour déterminer le risque individuel d’une personne et donc pouvoir proposer un traitement préventif ou thérapeutique.

La e-santé au service d’une prise en charge optimisée de l’hypertension artérielle chez les femmes enceintes

Quels sont les enjeux de l’hypertension artérielle chez les femmes enceintes ?

Thierry DenolleEnviron 10 % des femmes enceintes sont atteintes d’hypertension artérielle (HTA). Si dans la grande majorité des cas cette HTA est transitoire et sans conséquences graves, elle provoque une pré-éclampsie pour 5 % d’entre-elles2 à l’origine de complications gravissimes, voire de décès pour la femme et le bébé à naître dans 1 cas pour 1 000. C’est heureusement assez rare, mais il s’agit malgré tout de la 2e cause de mortalité chez la femme enceinte avec 20 décès par an1.

Pourquoi le traitement systématique et l’hospitalisation ne sont pas des solutions idéales ?

Quand un obstétricien détecte une HTA chez une patiente enceinte alors qu’elle n’a pas d’antécédents, il l’hospitalise en urgence et opte pour une césarienne lorsque des signes de gravité le nécessitent. Ces signes d’HTA peuvent apparaître au cours de derniers mois de grossesse, il s’agit alors d’hospitalisations potentiellement répétées. C’est très contraignant pour les patientes, notamment si elles ont déjà des enfants. C’est également très coûteux en termes de prise en charge. De plus, il existe chez les femmes enceintes un puissant effet « blouse blanche » qui a tendance à provoquer de l’HTA. Par ailleurs la prise de traitements antihypertenseurs sur la durée peut être nocive pour le bébé, pouvant entraîner un retard de croissance et des poids de naissance inférieurs à la normale.

Quels pourraient-être les apports concrets de la e-santé ?

L’auto-mesure à domicile de la tension pour les patientes permettrait d’éviter des hospitalisations itératives en fin de grossesse, surtout si elle est associée à de la télémédecine. Les patientes sont rassurées car elles sont suivies chez elles et leurs données sont transmises automatiquement à l’obstétricien qui peut contrôler à distance l’évolution de l’HTA et n’intervenir qu’en cas de signes préoccupants.

Quelle influence va avoir le financement de votre projet par la Fédération Française de Cardiologie ?

Le financement de la FFC va nous permettre de tester l’intérêt et l’utilité médico-économique de l’automesure avec télétransmission dans la surveillance des femmes enceintes avec HTA confirmée. Nous allons étudier un groupe de patientes enceintes équipées d’appareils d’auto-mesure avec transmission de données, à un groupe bénéficiant d’un suivi classique. Si l’expérience est concluante et que nous arrivons à prouver la pertinence de notre système, ces dispositifs pourront être déployés dans toutes les maternités en France. Cela deviendra une routine, un soin courant. Il y a également un enjeu en termes de rayonnement national. En effet, la France est précurseur dans les travaux de recherche sur l’auto-mesure avec télétransmission dans le domaine de l’HTA chez les femmes enceintes.

1. Dossier Inserm réalisé en collaboration avec Daniel Vaiman, Directeur de recherche à l’Inserm (UMR8104, Hôpital Cochin, Paris) - Janvier 2013.

L'observatoire du coeur : priorité à la recherche !

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LE DOSSIER COMPLET : 
Sommaire
1- La recherche, une mission phare de la FFC
2- Inclure les femmes dans la recherche sur les maladies cardio-vasculaires, un engagement fort, la FFC pionnière en la matière
3- Une relation privilégiée avec les donateurs